• Les Hikikomoris : le choix de s’isoler de la société

    Un nouveau phénomène qui arrive en France

    Hikikomori, un nom qui revient de plus en plus souvent sur le devant de la scène. Mais qu’est-ce que c’est exactement ? Une nouvelle musique, un nouvel art martial, philosophique, un art traditionnel propre à la culture Japonaise ou encore un nouveau moyen d’exprimer la beauté, l’élégance, la sérénité et l’esprit zen ? Non, rien de tout cela. Ce mot est bel et bien d’origine Nippone dont le préfixe vient de hiku (reculer) et le suffixe komori de komoru qui signifie « entrer à l’intérieur » que l’on peut traduire par « repli sur soi ». Le phénomène hikikomori désigne en fait une forme de retrait social pathologique. Le plus étonnant est que cet état non psychotique concerne principalement des hommes (plus de 260 000 adolescents et jeunes adultes au japon dont 80% du sexe masculin dans les années 90) qui se cloîtrent chez eux (le plus souvent dans leurs chambres) et n’en sortent plus pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, sauf (parfois) pour les besoins corporels vitaux.

    Au pays du soleil levant, 460 000 personnes furent recensées comme sujettes à risque dans les années 2000. En 2016, le gouvernement japonais aurait décompté 540 000 hikikomoris « enfermés depuis au moins six mois pour les 15-39 ans. Mais, en prenant en compte leurs aînés, ils seraient aujourd’hui plus d’1 million. 35 % d’entre eux se sont isolés depuis au moins sept ans… ». Les premiers cas en Europe (Espagne, Italie, France…), aux USA, en Australie, en Corée du Sud, à Oman… viennent d’être répertoriés. D’après le témoignage du docteur Marie-Jeanne Guedj-Bourdiau (Responsable du Centre psychiatrique d’orientation et d’accueil (CPOA) à l’hôpital Saint-Anne à Paris), on a recensé, « au cours des quinze derniers mois une trentaine de cas, qui concernent des adolescents à partir de 16 ans, mais aussi des jeunes gens de 25-30 ans qui ont une vie sociale des plus réduites après avoir eu des difficultés à terminer leurs études supérieures ».

    Le hikikomori se présente sous plusieurs types. Certaines personnes vivent tel un reclus (moine qui s’enferme en solitaire dans un espace restreint pendant des années ou toute une vie) alors que d’autres sortent furtivement pour satisfaire des besoins fondamentaux (eau, nourriture) avant de retrouver l’isolement dans leur chambre. Aujourd’hui, face à un tableau clinique disparate, les hikikomoris interpellent les neuroscientifiques. Pourquoi un tel comportement ? Quelles sont les causes de l’isolement ? Pourquoi ce choix de vivre entre honte et complaisance ?

    L’isolement trouverait sa réponse dans des traumatismes (familiaux, scolaires, frustrations, pressions (sociales), refus d’acceptation de son physique, refus des critères imposés par la société, rejets à l’école et/ou au travail, incompréhension, sentiments de culpabilité et de honte, manques de confiance, peurs, panique et angoisse de ne pas être à la hauteur, de ne pouvoir accomplir leurs objectifs de vie…). Toujours est-il, d’après les psychologues, « les symptômes de Hikikomori ressemblent fortement à ce qu’on qualifie en occident de phobie sociale ».

    Les éléments déclencheurs sont nombreux. Ils peuvent être psychologiques, physiques et/ou matériel. Dans nos sociétés de plus en plus axées sur le paraître, la dualité et l’indifférence, nombreuses sont les personnes qui refusent la pression du monde extérieur ; A travers une angoisse incoercible, naît un désintérêt total pour le monde réel qui engendre un isolement prolongé, l’absence volontaire du contact social et la peur de l’autre. Pire, les agents stressants négatifs peuvent se transformer en colère et « leur manque de références morales peut les conduire à des comportements violents voire criminels » car bien souvent les hikikomoris ont des difficultés à distinguer le bien du mal.

    Que fait un hikikomori de ses journées ?

    En se retirant complètement de la société, un hikikomori prend bien soin d’éviter tout contact avec le monde extérieur en s’enfermant dans sa chambre. Dormir, surfer sur Internet, jouer à des jeux vidéo, chatter sur des forums de discussion, lire des mangas, regarder la télévision, jouer sur l’ordinateur… deviennent leur unique point de référence. Selon Thierry Guthmann, professeur de sciences humaines juridiques et économiques à l’Université de la préfecture de Mie (Japon), « Les garçons seraient particulièrement touchés en raison de l’incapacité des pères japonais à communiquer avec leurs enfants. Au Japon, les garçons ont souvent un fort problème de construction identitaire… Lorsque l’enfant est un garçon, son père a tendance à se montrer plus sévère et de communiquer avec lui de façon plus autoritaire. Tandis que les filles se mettent à disposition de leur mère, les garçons ont souvent un fort problème de construction identitaire » (Sources Slate). Mais étonnamment, beaucoup de jeunes gens traités comme des enfants-rois deviendraient également des hikikomoris ! Comme quoi, il faut appliquer la loi du juste milieu.

    Comment remédier à la situation ?

    De nombreux facteurs rentrent en jeu même si les experts déplorent avant tout les relations difficiles pendant les périodes scolaires ou professionnelles, la rigidité de la société japonaise et du système éducatif. Le psychiatre et psychanalyste Français Serge Tisseron pense que « Le hikikomori pourrait représenter à l’adolescence un comportement de repli à l’intérieur de soi qui permettrait de manière inconsciente de gérer les émotions, les conflits, les inquiétudes relatives à l’avenir, en évitant l’entrée dans une pathologie psychiatrique, telle qu’un effondrement dépressif ou le développement d’une phobie. »

    Certes, mais ne serait-il pas non plus judicieux de regarder d’un autre œil le taux de chômage chez les jeunes, la dépendance inavouable à internet, aux réseaux sociaux, au monde virtuel, aux jeux vidéo(s), au portable et autre tablette ? Dans une société ou le verbe PARAITRE l’emporte sur le verbe ETRE, de nombreux jeunes s’emmurent dans le silence et la solitude afin de ne plus se sentir jugés ou évalués. Et pourtant, dans notre monde d’endormis, il existe de nombreuses passerelles pour encourager l’accomplissement de soi, notamment dans la musique, les arts martiaux, la méditation, la lecture, la peinture, la sculpture, le jardinage… Alors comment les aider ? Simplement en revenant à l’essentiel, à la loi de UN, aux valeurs parentales et familiales, à l’amour de la VIE dans son ensemble, à l’échange et au partage… Nous avons toutes et tous à notre portée les ingrédients du bonheur qui pimentent l’existence, loin des désirs nuls et de l’isolement. Mais en baignant dans l’égoïsme, la désinformation, la mystification, la dualité à tous les étages et une mondialisation sans partage… sommes-nous aujourd’hui encore « capables » d’inculquer l’essentiel, à l’heure où du bout des lèvres on accepte sans réticence « que nous sommes responsables mais pas coupables » des nouveaux maux qui affectent les hommes tel le Hikikomori ? Heureusement, le cercle des éveilleurs de conscience se souviennent encore, que la Terre n’est pas un don de nos parents mais un prêt de nos enfants. Ce cercle s’agrandit jour après jour (musique méditative, taichi chuan, Qigong, méditation, neuro-éducation, arts martiaux traditionnels, permaculture, santé, respect de la biodiversité et des peuples, écologie, yoga…) car dans ce monde « d’endormis », ces passeurs du bonheur ont compris qu’il valait mieux allumer un bout de chandelle que de maudire l’obscurité. Comme le souligne le docteur Marie-Jeanne Guedj-Bourdiau : « ces hikikomoris, une fois soignés, nous remercient de leur avoir tendu la main en pleine souffrance et de les avoir sortis de l’enfer ».

     

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