• Les sentiers du Yoga

    Si les trois grandes Voies, Jnana, Bhakti et Karma, posent clairement les imprescriptibles fondements spirituels du Yoga, les nombreux sentiers qui y acheminent, Raja Yoga, Hatha Yoga, Kriya Yoga, Kundalini Yoga, sont nécessairement amenés à plus ou moins diluer le contenu spirituel dans un ensemble de techniques préparatoires qui, d’ailleurs, accompagnent encore bien souvent le Yogi tout au long de sa Sadhana, de sa pratique.

    Employons une fois encore une image comparative – en l’occurrence celle de la voiture automobile – afin de comprendre ce qu’est le Yoga en Inde.

    Ainsi par exemple, même s’il existe des coureurs automobiles, des collectionneurs de voitures anciennes ou des amateurs de voitures de sport, la plupart des conducteurs passe simplement le permis pour pouvoir se rendre au travail et partir en vacance. Pour eux, la voiture est un moyen et non une fin en soi.

    Eh bien, de la même manière, il existe en Inde quelques passionnés de Yoga, qui lui consacrent leur existence, qui en explorent tous les aspects ou en font une pratique de l’extrême, mais la majorité des aspirants à la spiritualité se contente d’apprendre les postures et techniques de base permettant de disposer de la santé physique, de l’équilibre psychique, de l’endurance énergétique et de la concentration mentale indispensables à l’installation de l’état de méditation. Là aussi, les postures et techniques du Yoga sont un moyen et non une fin.

    Cela étant, le nombre et la hiérarchisation de ces techniques varient du tout au tout en fonction des méthodes.

     

    Les diverses techniques du Yoga

    Mais même si elles varient en nombre, il n’en demeure pas moins qu’elles sont souvent communes à la plupart de ces Yogas.

    La plus connue est évidemment la posture corporelle (Asana) qui prend une place plus ou moins importante selon le type de Yoga. Dans le Zazen, la posture est tout. Dans le Raja Yoga des Brahmakumari, elle est inexistante.

    Le Hatha Yoga, pour sa part, tient la posture en grande estime, mais ne se résume tout de même pas à ce seul aspect. D’une manière générale, les postures corporelles ont essentiellement pour but de stabiliser le mental, tout en aidant l’énergie à mieux circuler.

    La respiration et le souffle (Pranayama) comptent également parmi les techniques yoguiques les plus importantes. Par souffle, il faut entendre l’ensemble des circulations énergétiques, et non pas seulement celle de l’air dans les poumons.

    Dans le Pranayama, on distingue divers courants vitaux, ou souffles, prana, apana, samana, udana, vyana, centrés en différents endroits du corps, et dont les fonctions sont spécialisées à différentes tâches.

    Le Yogi s’attache à les contrôler, à l’aide de techniques respiratoires, afin de réveiller progressivement l’énergie spirituelle latente, la Kundalini.

    Autre aide pour diriger le courant de vie : les Mudras qui sont des gestes symboliques de la main, et les Bandhas, ou contractions musculaires des sphincters.

    Certaines techniques sont encore quelquefois pratiquées, telles que les nettoyages de l’estomac, des intestins, des sinus, de la langue, des oreilles, des dents, des conduits génitaux ; la stimulation des émonctoires : reins, poumons, peau ; la purification des centres (chakras) et canaux énergétiques (nadis)…

    Tout cela, on le comprend, vise à la purification et à la stimulation des énergies. Mais au-delà de ces pratiques corporelles, l’essentiel du Yoga réside bien évidemment dans deux étapes plus directement psychique et spirituelle : la concentration et la méditation.

    Tant que l’on est identifié à son corps le Yoga passera naturellement par la pratique des postures corporelles pour parvenir à calmer le mental. Mais il est bien évident que l’individu plutôt mental travaillera directement sur ce mental, par l’exercice de la concentration (Dhâranâ), pour arriver à la sérénité sans laquelle aucun travail spirituel n’est possible.

    Intimement dépendante du retrait des sens (Pratyahara) qui consiste dans l’éducation de l’attention à se tourner vers l’intérieur plutôt que vers l’extérieur, la concentration (Dhâranâ) vise à fixer l’esprit sur tel ou tel objet.

    Ce peut être un objet extérieur, une figurine, une statue, une fleur, un tic tac, le bruit de l’eau ; un point ou une zone du corps comme le troisième œil, le bout du nez, le chakra cardiaque ou la colonne vertébrale ; ou même un objet intérieur : émotion, sensation, pensée, énergie…

    La concentration aide à combattre la dispersion mentale, mais aussi, sur un plan plus spirituel, à repousser toutes les pensées à l’exclusion d’une seule – celle sur laquelle on se concentre – et à clarifier ainsi grandement le mental.

    Au stade ultime autorisé par cette technique, la concentration permet en quelque sorte d’opposer une obsession sacrée aux obsessions mondaines, de troquer les vieilles habitudes conservatrices d’illusions contre l’habitude unique de désirer la Liberté.

    Pour mieux réaliser ce genre d’objectifs, deux grandes techniques complémentaires sont à la disposition de l’aspirant : les mantras, consistant en une répétition de mots ou de syllabes, tels que «OM», généralement établis par de grands Yogi en méditation profonde; et les mandalas, qui sont des représentations graphiques de l’évolution de la conscience depuis l’état de l’ego jusqu’à celui de l’Absolu, sur lesquelles le pratiquant se concentrera.

    Enfin, au-delà de Dhâranâ, il y a Dhyâna, la méditation.

    Dans –  , la concentration (Dhâranâ) conserve un observateur-moi. Le sujet observe un objet extérieur ou intérieur, ce qui a pour effet de focaliser, donc de fortifier et surtout de calmer un mental vagabond, excité, perpétuellement distrait.

    Mais la véritable méditation spirituelle est nommée Dhyâna, mot sanscrit traduit par Zen au Japon. Dans Dhyâna il n’y a plus ni sujet qui observe, ni objet observé. Dans un premier temps, il peut s’agir d’être attentif à tout à la fois, c’est à dire aussi bien à ce qui se passe à l’extérieur qu’à l’intérieur, sans jamais se concentrer sur un phénomène plutôt qu’un autre, mais être simplement ouvert à ce qui se présente, attentif à l’attention, observateur de l’observateur.

    Dans un second temps, il doit devenir évident que la seule attention véritable est l’éveil, le Samadhi. Or, une telle attention absolue ne peut se réaliser par le truchement d’aucun exercice. C’est un état de Grâce ; la Grâce étant simplement le fonctionnement naturel et spontané de la Conscience, une fois qu’elle est débarrassée de l’ego.

    Comme l’enseignait Ramana Maharshi, « Comment réaliser le Soi? En se débarrassant de l’ego! Comment se débarrasser de l’ego? En réalisant le Soi! ».

    Tous les exercices préalables, tous les sentiers du Yoga, sont incapables de transcender ce paradoxe. Ils ont seulement vocation à contribuer à favoriser jusqu’à un certain point l’érosion de l’ego… à la condition qu’il accepte d’être érodé. En aucun cas ils ne sont directement responsables de la survenue de l’éveil.

    Utilisés de manière égocentrique au seul bénéfice de la sphère psycho-physique, ils deviennent même de véritables obstacles à cet éveil.

    Alors sans doute ne devrait-on les pratiquer que pour eux-mêmes, et serait-il bon de considérer le Yoga comme un art de vivre. Un art de vivre offrant tout un ensemble de lois propres à accompagner le Yogi sur son Chemin.

    Ces lois, Yama (codes moraux) et Niyama (purification), touchent à la vérité, à l’honnêteté, à la sexualité, à l’avidité, à la pureté, à la non-violence, au contentement, à l’austérité et à l’étude.

    Et ce n’est qu’après la parfaite intégration de ces lois dans la vie quotidienne, que les techniques du Yoga devraient idéalement être mises en œuvre afin de conserver au corps et à l’esprit une santé et une vitalité sans lesquelles l’intensité requise pour la méditation serait beaucoup plus difficile à atteindre.

    Mais attention : il ne faut jamais oublier que ces techniques, au-delà de l’aspect santé et équilibre, aident à débloquer les points sensibles, à développer de nouvelles facultés, mais surtout à nous débarrasser de tout l’ancien que notre évolution rend inutile et encombrant.

    Il en résulte que, si nous employons des techniques visant à développer ce dont nous n’avons plus besoin et dont nous étions éventuellement parvenus à nous débarrasser, ou à détruire ce que nous ne possédons pas encore, le temps perdu et le dommage causé ne s’inscriront certes pas au crédit de notre sagesse.

    Le choix de notre Yoga doit donc répondre à des nécessités d’ordre strictement individuel. Et, bien sûr, un minimum de connaissance de soi s’avère indispensable afin de faire le tri entre nos carences et les prises de conscience que nous avons déjà réalisées.

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